Journée de la langue maternelle: discours de madame le ministre de l’Education Nationale


???????????????????????????????– Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement;

– Messieurs les anciens Ministres ici présents;

-Monsieur le Gouverneur de la Région de Koulikoro ;

– Monsieur le Secrétaire Exécutif de l’Académie Africaine des Langues ;

– Monsieur le Représentant Résident de l’UNESCO au Mali ;

– Monsieur l’Administrateur Général de la Fondation KARANTA ;

– Mesdames, Messieurs les membres du Cabinet, les Directeurs des Services centraux et déconcentrés du Ministère de l’Education Nationale ;

– Monsieur le Secrétaire Général de la Commission Nationale Malienne pour l’UNESCO ;

– Mesdames, Messieurs les opérateurs et acteurs de l’Education Non Formelle ;

– Monsieur le Préfet du Cercle de Kati ;

– Monsieur le Maire de la Commune Rurale de Siby ;

– Monsieur le Chef de village de Siby ;

– Chers collègues enseignants ; Chers élèves ;

– Chères populations du mandé ;

– Mesdames et Messieurs, chers invités, en vos grades et qualités ;

C’est pour moi un réel plaisir d’être parmi vous ici à Siby, dans la belle cité du mandé, univers de civilisations et de valeurs séculaires. Nous sommes au pays de Kamadjan Kulu et de l’arche de Kamadjan, à quelques kilomètres seulement de la vieille cité de Kangaba, berceau de la légendaire charte du Kurukanfuga. Il convient de rappeler que la ville de Kangaba a été, en 1236, le cadre politique de l’adoption de ce monumental document qui a pacifié le Mandé après l’historique bataille de Kirina. Certes, nous sommes loin de cette époque. Mais les contextes sont semblables et les besoins de pacification sociale sont identiques. Hier comme aujourd’hui, les langues maternelles ont été, sont, et demeurent l’outil principal du dialogue social citoyen. La quête citoyenne de la paix est une préoccupation permanente pour les maliennes et les maliens.

– Mesdames et Messieurs,

Cette année, pour commémorer la Journée de la Langue Maternelle, la communauté internationale a retenu le thème « Langues locales pour la citoyenneté mondiale – zoom sur la science ». Au plan national, nous avons retenu le thème ‘’Investir dans les langues maternelles – facteurs de développement endogène durable’’.

Comme vous le constatez, les deux thèmes ont en commun les concepts de sciences et de développement avec un focus sur  les langues maternelles.

– Mesdames et Messieurs,

Ce matin, je voudrais partager avec vous, dans cette atmosphère festive, la vision du Président de la République, son excellence Ibrahim Boubacar KEITA pour qui, il n’y a pas de développement en dehors de nos valeurs de civilisation dont les langues maternelles sont le principal véhicule. C’est là, l’esprit et l’envergure du slogan de campagne du Président de la République, je cite : ‘’l’honneur du Mali d’abord’’. Fin de citation.

Loin d’être un simple slogan, « l’honneur du Mali d’abord »  est une vision politique citoyenne qui nous interpelle tous, par rapport au réarmement moral, psychologique et éthique par nos valeurs sociales. Cette reconquête morale ne peut se réaliser en dehors de nos langues maternelles qui constituent les dépositaires de nos valeurs sociales, de notre conscience individuelle et collective, de notre vision du monde, bref de notre civilisation.

– Mesdames et Messieurs,

Les langues maternelles occupent une place de choix dans le processus de développement de notre pays. Le Mali ne ménage aucun effort pour que nos langues nationales deviennent de véritables outils de développement social, économique, culturel et politique. Nos langues nationales sont, dis-je, les dépositaires de notre patrimoine. Hier, ce sont elles qui nous ont permis de bâtir une société équilibrée. Aujourd’hui, dans les conditions normales, ce sont elles qui devraient nous permettre d’éradiquer l’analphabétisme d’une part, et d’autre part, de briser la chaine du sous-développement. Et demain, ce seront encore elles qui nous permettront d’être au rendez-vous de la science et de la technologie.

C’est donc une évidence que de dire que toutes les opportunités de dialogue, de reconquête et de reconstruction de notre pays passent nécessairement par la valorisation de nos langues nationales.

– Mesdames et Messieurs,

Les anthropologues, les psychologues et surtout les pédagogues sont unanimes que l’utilisation des langues maternelles offre aux citoyens une meilleure chance d’accéder à la science, au développement et de renforcer l’éveil des consciences.

C’est pourquoi, très tôt, dès le lendemain de son accession à la souveraineté nationale et internationale, le Mali a adhéré au concept d’alphabétisation fonctionnelle en 1961 à la conférence d’Addis-Abeba, et en 1965 à celle de Téhéran. C’est ainsi que notre pays a participé, de 1967 à 1972, au Programme Expérimental Mondial  de l’Alphabétisation (PEMA) sous l’égide de l’UNESCO. Convaincues que les défis du développement y sont fortement attachés, les plus hautes autorités du pays ont accordé et continuent d’accorder aux langues maternelles un intérêt tout particulier.

Fort des résultats combien satisfaisants accumulés suite aux multiples expériences, depuis l’année scolaire 1978-79, notre pays a commencé une longue expérimentation des langues maliennes dans le système éducatif formel. En guise de rappel, signalons que l’expérience a d’abord commencé en bamanankan, dans les régions de Ségou (Banankoroni et Zanabougou) et de Koulikoro (Djifina et Kossa).  La qualité des résultats scolaires obtenus a motivé l’extension à d’autres langues.

– Mesdames et Messieurs,

Fidèle à ses engagements politiques et convaincu du rôle cardinal de la langue maternelle dans le processus de développement, le Mali, soucieux de l’équilibre social, a adopté un aménagement linguistique global et intégrateur. C’est dans ce cadre que la Loi n°96-049 a conféré le statut de « langue nationale » à treize 13 d’entre elles. Il s’agit du bamanankan, bomu, bozo, dͻgͻsͻ (dogon), hasanya, fulfulde, mamara (minianka), maninkakan, soninke, soŋay, syenara (sénoufo), tamasheq, xasongaxanŋo (khassonké).

Pour un développement technique et scientifique de nos langues, le Mali a mis en place, en 2012,  la Direction Nationale de l’Education Non Formelle et des Langues Nationales (DNENFLN) et l’Académie Malienne des Langues (AMALAN), nées des acquis de l’ex-Direction Nationale de l’Alphabétisation Fonctionnelle et de la Linguistique Appliquée (DNAFLA).

L’objectif recherché par la valorisation des langues maternelles est de permettre à celles-ci de contribuer vigoureusement à la lutte contre l’analphabétisme ou l’illettrisme qui sape tous les efforts de développement déployés par les plus hautes autorités à travers différents plans et programmes de développement. En  effet, les autorités de l’époque ont très tôt engagé cette lutte contre l’analphabétisme et le combat entamé continue avec succès. Mais le chemin est entaché d’embûches de tous genres et les défis à relever sont nombreux et variés. Ces défis sont entre autres d’ordre politique, de renforcement des capacités, de recherche-action et de financement. Aussi, le combat pour l’atteinte de la scolarisation universelle et des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ne peut être gagné que par l’utilisation accrue de nos langues maternelles.

– Mesdames et Messieurs,

Le message du thème national «investir dans nos langues maternelles – facteur de développement endogène durable » est on ne peut plus clair. Il s’agit d’accroître la part des ressources financières de l’Etat pour permettre aux langues maternelles de jouer pleinement leur mission stratégique de développement. Il s’agit aussi, pour les Collectivités Territoriales, les entreprises privées et la société civile, d’investir dans les langues maternelles en vue d’un développement général, harmonieux et endogène du pays.

Aujourd’hui, dans tous les secteurs de la vie publique on a besoin des langues maternelles pour se développer convenablement et de façon participative et responsable. Qu’il s’agisse de l’éducation nationale, de la promotion de l’enfant, de la femme et de la famille, de la santé publique, de l’assainissement, du transport en commun, du code de la route, du développement rural, de la recherche scientifique, de la décentralisation, de la justice, pour ne citer que ceux-ci, les différents acteurs de ces domaines ne sauraient, au jour d’aujourd’hui, se passer de l’utilisation des langues maternelles.

– Mesdames et Messieurs,

Je ne saurai terminer mes propos sans adresser mes vifs remerciements à toutes celles et tous ceux qui œuvrent  inlassablement pour la promotion des langues maternelles. Je voudrais remercier particulièrement les Partenaires Techniques et Financiers qui investissent dans la promotion de nos langues nationales. Car, il n’y a rien de plus noble que de se sacrifier pour nos langues, socle de notre identité culturelle.

Qu’il me soit permis également, d’adresser un hommage mérité à nos aînés qui se sont battus et continuent de se battre pour la question de nos langues.

Je n’oublie pas les nombreux chercheurs et enseignants grâce à qui nos langues sont devenues matière et médium d’enseignement dans les écoles. Je tiens à les encourager chaleureusement pour le service rendu à la nation.

C’est sur cette note d’espoir que déclare officiellement lancées les activités commémoratives de la Journée Internationale de la Langue Maternelle.

Vive la Journée Internationale de la Langue Maternelle !

Vivent les langues maternelles du Mali !

Je vous remercie de votre aimable attention !

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4 réflexions au sujet de « Journée de la langue maternelle: discours de madame le ministre de l’Education Nationale »

  1. Etrange que dans l’introduction de son allocution Madame la Directrice de l’Académie Malienne des Langues n’indique que les populations du Mandé, alors que plus loin elle indique que la Loi n°96-049 avait conféré le statut de « langue nationale » à treize 13 d’entre elles.

    Quelle signification donne t-on au terme Mandé, dans votre pays? En Guinée, il n’indique que la région habité en majorité par ceux qui parlent le Maninka et fait l’objet de discussions sensibles dans le pays.

    • Bonjour Abdoulaye et merci pour ton commendataire. Ici, Madame la Directrice de l’Académie Malienne des Langues indique particulièrement les populations du Mandé dans son discours, juste à cause du fait c’est à Siby, un village du Mandé, que la festivités de la journée sont organisées. C’est juste pour un geste symbolique et pour un remerciement et un encouragement pour leur accueil. C’est dans cet esprit là, sinon, les 13 langues sont représentées à l’AMALN et sont toutes considérées. Merci pour la bonne remarque, elle tiendra compte prochainement dans ses intervention.

  2. @abdoulayebah: Je crois savoir d’abord qu’il s’agit de Madame le ministre de l’Education Nationale (et non de « Madame la Directrice de l’Académie
    Je ne suis pas Malien, mais je peux vous répondre que tous ceux qui parlent Maninka/Malinké, Bamanankan, julakan, Mandingo, qu’ils soient citoyens du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, de la Guinée, ou du Mali sont des descendants de l’empire du Mande (Manding). Madame la ministre rappelle à juste titre que la ville de Siby fut ll’une des cités (si non le berceau) de ce grand Mande. Puisque la cérémonie se déroule à Siby. elle salue ce peuple Mande de Siby, tout en citant plus loin les 13 langues maliennes auxquelles la Loi n°96-049 confère le statut de langue nationale. Je ne vois pas de contradiction dans les propos de Madame le ministre.

  3. Un grand merci à Mme la Directrice de l’Académie Malienne des Langues ! Ce sont ces quelques phrases en parenthèses ci-dessous qui m’ont attirées dans son allocution lors de cette belle journée qui est la journée des langues maternelles. Je pense que le gouvernement du Mali respectera son programme concernant les langues nationales.
    (Les langues maternelles ont été, sont, et demeurent l’outil principal du dialogue social citoyen. « L’honneur du Mali d’abord » est une vision politique citoyenne qui nous interpelle tous. Cette reconquête morale ne peut se réaliser en dehors de nos langues maternelles qui constituent les dépositaires de nos valeurs sociales, de notre conscience individuelle et collective, de notre vision du monde, bref de notre civilisation. Hier nos langues nous ont permis de bâtir une société équilibrée, alors aujourd’hui, ce sont elles qui devront nous permettre d’éradiquer l’analphabétisme d’une part, et d’autre part, de briser la chaine du sous-développement. La conquête et la reconstruction du Mali passent par nos langues nationales. Aujourd’hui, dans tous les secteurs de la vie publique on a besoin des langues maternelles pour se développer convenablement et de façon participative et responsable)

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